La tête à l'envers



On l’appellera Cédric. Cédric à environ trente ans, il occupe un poste à responsabilité dans un secteur pointue avec semble t-il de solides connaissances techniques. Il affiche un sourire réservé mais avenant dans un corps qui semble un peu trop grand pour lui. Il vient en consultation pour un problème d’éjaculation précoce et semble plus préoccupé par les attentes de sa femme que par son propre plaisir. Il évoque assez facilement sa vie sexuelle et avoue sans honte que la masturbation lui offre plus d’agréments que les ébats avec sa femme.

La thérapie s’est déroulée sur une dizaine de séances. A chaque fois il s’amuse de ses progrès et prend un vrai plaisir à la transe. Au cours de la deuxième séance, il s’étonne même d’avoir eu l’impression d’être assis complètement à l’envers, la tête à la place des pieds. Rassurons-nous de l’extérieur tout paraissait parfaitement normal. Dans l’intervalle entre chaque séance, Cédric s’amuse à faire les exercices d’auto-hypnose que je lui propose et évoque même l’idée de se former plus sérieusement à l’hypnose.

Attentif à chaque changement, il se trouve plus légitime dans son poste de cadre et se découvre même un certain aplomb avec ses supérieurs et notamment avec une collègue qui avait le don de l’intimider. Ses relations avec sa fille de 2 ans sont devenues plus simples et plus naturelles. Fier de ses progrès, il n’oublie pas cependant le motif de sa première visite et sur ce sujet ça avance peu, voire pas du tout. Certes, ces sensations physiques changent, deviennent plus intense lors de la masturbation mais en couple c’est plutôt le statu quo.

La question que pose indirectement Cédric est celle de l’accès aux ressentis avec l’impression d’en être coupé comme s’il était dangereux de ressentir. L’expérience m’a apprise que certaines de ces coupures se dessinent au moment de la naissance ou dans les semaines qui suivent. Il ne s’agit pas de croire ou de ne pas croire mais d’expérimenter.

Devant cet aveu d’échec, je redemande à Cédric, si, à sa connaissance, un événement particulier a pu se passer lors de sa naissance et de s’enquérir directement auprès de sa maman.

La suite c’est Cédric qui me l’a raconté. J’en rapporte les éléments essentiels :

«J’ai appelé ma mère comme tu me l’as suggéré et lui ai demandé pour ma naissance. J’étais allongé tranquillement sur le lit. Au début, elle est un peu évasive, ne se souvenait de rien. Et puis, elle m’a parlé d’un problème que j’avais à l’oreille. Les chirurgiens ont dû m’arracher des bras de ma mère pour m’emmener directement en salle d’opération. Quand elle m’a dit ça, c’était bizarre, tout mon corps s’est mis à trembler, surtout mes jambes. je savais que je pouvait arrêter le mouvement, mais je n’en avait pas envie. Ma femme a entrouvert la porte de la chambre, mais je lui ai demandé de partir. En revanche ,ma fille en a profité pour se faufiler et elle venu se blottir à coté de moi sans bouger pendant vingt minutes. Elle n’est jamais câline comme ça d’habitude.» Il va s’en dire que Cédric était tout heureux de partager cette expérience et moi de l’entendre. Suite à celle-ci, sa sexualité, selon lui ,est devenue plus satisfaisante.

Mais alors que s’est-il passé ? Je ne sais pas. Je suis convaincu que sa réaction physique n’était pas simulée. Que ce genre de réaction, qu’on appelle défigement dans la gestion des traumatismes n’est pas inhabituelle. Mais est-ce le défigement proprement dit qui fut salutaire ou bien sa portée symbolique ? Peu importe après tout.

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